Usages

Valéry Frémaux : Il y a trois grands usages :

  • le premier usage est un usage de gestion technique et technologique de la plate-forme. Les indicateurs permettent de comprendre le taux de croissance d'usage et de prévoir et d'anticiper les besoins d'équipement, voire les besoins de développement d'outils,. Nous savons très bien qu'un concept opérationnel dans la plate-forme peut très bien fonctionner si la masse de données est faible, et dès que l'usage commence à augmenter, les interfaces saturent, il n'y a pas assez d'outils de reporting ni d'outils de gestion manœuvrée, et faire la maintenance de ces données ; donc un des premiers usages des statistiques d'apprentissage c'est de pouvoir avoir les indicateurs qui permettent d'observer une croissance de 15 % de la taille du nombre de fichiers stockés, j'ai une croissance de 15 % de la masse de messages dans les forums ; nous savons que les forums sont un point de performance qui peuvent poser problème dans un LMS.
    Le premier usage est plutôt administratif et technique pour suivre l'évolution de la santé du système.

 

  • le deuxième usage si je descends complètement à l'opposé, c'est effectivement cet usage pédagogique : être en mesure de pouvoir avoir une boucle de rétroaction sur ton métier d'auteur, de pédagogue et de mise en scène. A ce moment-là l'action induite c'est effectivement de remettre en question son cours, c'est à dire d'utiliser les statistiques d'apprentissage pour dire comment est-ce que je peux reformuler mon cours, réagencer mes exercices, réagencer mes concepts, supprimer une étude de cas dont on observe qu'elle engendre une charge de travail trop importante, ou qu'elle n'est pas comprise, de reformuler un sujet d'étude de cas, de reformuler un sujet d'examen, reformuler les questions de ma banque de questions, parce que j'observe un taux d'échec qui est important, et le taux d'échec doit me dire soit ils n'ont rien compris au cours donc il faut que je sois capable de pouvoir dire est-ce que le taux d'échec est du au fait qu'ils n'ont pas lu les éléments de cours et donc qu'ils n'ont pas les réponses, ou alors ils ont lu les éléments de cours mais ils se trompent aux questions donc peut être ce sont les questions qui sont mal formulées.
    C'est cette rétroaction de l'auteur qui permet de faire en sorte que l'efficacité de son contenu est optimisée.
    Je suis persuadé qu'une bonne partie de l'acte pédagogique est en train de se transférer d'une relation d'enseignant à l'apprenant, à l'apprenant au contenu, mais un contenu qui n'est pas simplement un contenu mais une documentation didactique et pédagogique, pédagogisée, éditorialisée, réagencée et reconstruite pour fabriquer effectivement un cycle de réception de connaissance, utilisation de la connaissance, entraînement, exploitation de la connaissance dans une production c'est-à-dire dans un contact interactif avec l'enseignement tout ça piloté par le contenu.
    Le rôle de l'enseignant standard va se diviser en deux rôles nouveaux avec une dissociation assez nette entre l'ingénierie de contenu et du dispositif. Et ensuite l'ingénierie du pilotage de l'apprenant sur ce dispositif .
    Je vais avoir non plus un enseignant, mais je vais avoir un éditorialiseur, constructeur du dispositif pédagogique et un coach d'apprentissage. Les statistiques d'apprentissage doivent permettre au coach d'apprentissage de faire son métier en sortie d'indicateurs pour piloter son coaching, de repérer les apprenants en difficulté et leur proposer des parcours en individualisation, directement reliée à l'exploitation de statistiques d'apprentissage, on peut même arriver éventuellement à automatisation partielle.
    Nous mettons en place de mécanismes de prépositionnement de connaissances, qui vont permettre de sélectionner automatiquement, de proposer automatiquement les unités de cours dédiés aux endroits dans le spectre de connaissances où des lacunes sont identifiées.

 

  • le troisième usage c'est un usage de management pédagogique. Nous avons évoqué les indicateurs fonctionnels, ceux de pilotage relativement grain fin du périmètre assez restreint et assez réduit de l'apprentissage d'un enseignant dans son cours, et entre les deux, la vision responsable de cursus correspondante au reporting managérial au-dessus, avec un besoin de sortir un certain nombre d'indicateurs justifiant le surinvestissement de mise en place de l'outil, qui à un coût extrêmement élevé en technologie, en ingénierie, en mobilisation du personnel interne, pédagogique, c'est un investissement colossal qui est le principal frein dans les établissements d'enseignement supérieur : des centaines de milliers voire des millions d'euros vont être engagés, avec l'investissement en temps, pour quel résultat ? Quel sera le gain structurel à l'arrivée? Quel gain en performance et en fonctionnement ?
    Si à l'arrivée un gain est constaté, en nombre d'apprenants fournis, donc en financement, le gain est aussi concurrentiel par rapport au fait que le concurrent est passé au numérique et effectivement ça attire, il y a un volant marketing en formation. Il y a des arguments de marketing, structurels et financiers.
    Donc les statistiques d'apprentissage vont permettre de dire si nous avons produit plein de cours qui ne servent à rien, x jours hommes ont été consommés ont été consacrés à
    fabriquer des contenus qui ne sont pas utilisés ni utilisables, qui ont un intérêt pédagogique moyen, et cela pourrait conduire les décideurs à se rendre compte que l'enseignement numérique est un métier, ce n'est pas seulement des pédagogues et des enseignants sur une plateforme et qu'ils vont fabriquer de l'enseignement numérique rentable.
    Il faut donc développer des expertises de projets, d'éditorialisation numérique avec un certain nombre de compétences pour piloter ces aspects. Mais il faudra des statistiques d'apprentissage pour qu'ils – les décideurs – puissent comprendre ça. Il faut ce niveau de preuve, il faut un outil de preuve, qui permette mesurer les effets des décisions prises.